Depuis plusieurs années, je travaille sur des projets où l'énergie locale, la résilience et la réduction des coûts opèrent au cœur des décisions industrielles. Mettre en place un microgrid hybride sur un site industriel en intégrant du stockage second‑life (batteries réutilisées issues de véhicules électriques, par exemple) est une piste très concrète pour concilier durabilité et performance opérationnelle. Dans cet article, je partage mon retour d'expérience sur l'architecture, les choix techniques, et surtout une étude de coûts pragmatique pour vous aider à évaluer la faisabilité d'un tel projet.
Pourquoi un microgrid hybride et pourquoi du second‑life ?
Un microgrid hybride combine généralement plusieurs sources : photovoltaïque (PV), groupes électrogènes (ou réseau principal), et stockage. Sur site industriel, l'objectif n'est pas seulement d'économiser de l'énergie : il s'agit d'améliorer la continuité de service, de lisser les puissances de pointe, d'optimiser la facture électrique (tarifs, pénalités), et d'augmenter l'autonomie en cas de coupure réseau.
Le stockage second‑life présente trois atouts majeurs :
En revanche, il faut rester vigilant sur la variabilité de l'état de santé (SoH), l'hétérogénéité des modules, et la nécessité d'un BMS et d'une qualification stricte.
Architecture technique type
Voici l'architecture que je recommande pour un microgrid industriel hybride avec stockage second‑life :
Sur le plan logique, l'EMS doit pouvoir :
Caractéristiques du stockage second‑life
Pour un projet industriel, je vise typiquement une cible de 1 à 4 MWh selon la taille du site et les objectifs (autonomie partielle, power‑shaving, secours). Les étapes clés pour valoriser du second‑life :
À titre d'exemple, des modules Nissan Leaf ont été utilisés dans plusieurs projets pilotes. Tesla modules sont aussi fréquents, mais l'accès peut être plus limité selon les marchés. L'important est la traçabilité et la documentation du cycle de vie pour la sécurité et l'assurance.
Estimation des coûts (ordres de grandeur)
Les chiffres varient fortement selon le pays, la disponibilité des modules second‑life, la main d'œuvre et les contraintes réglementaires. Voici un tableau synthétique que j'utilise souvent pour dimensionner un projet pilote de 500 kWh à 1 MWh :
| Poste | 500 kWh (estimation) | 1 000 kWh (estimation) |
|---|---|---|
| Modules second‑life (achat & qualification) | 60 000 – 90 000 CHF | 110 000 – 180 000 CHF |
| Intégration BMS & racks | 20 000 – 35 000 CHF | 35 000 – 60 000 CHF |
| Onduleurs / conversion & protections | 30 000 – 45 000 CHF | 50 000 – 80 000 CHF |
| EMS + SCADA integration | 15 000 – 30 000 CHF | 25 000 – 45 000 CHF |
| Travaux civils / installation / sécurité incendie | 10 000 – 25 000 CHF | 20 000 – 40 000 CHF |
| Coûts projet & permis | 5 000 – 15 000 CHF | 8 000 – 20 000 CHF |
| Total CAPEX | 140 000 – 240 000 CHF | 248 000 – 425 000 CHF |
En comparaison, un BESS neuf aurait des coûts CAPEX significativement plus élevés (généralement 30–60% de plus, selon la période et la technologie). Les OPEX annuels (maintenance, vérifications, remplacements partiels) pour un second‑life sont à estimer autour de 2–5% du CAPEX selon la politique de maintenance et la criticité.
Retour sur investissement et scénarios
La rentabilité dépend essentiellement des usages : arbitrage tarifaire (heures creuses/pleines), diminution de la puissance souscrite, évitement de pénalités, et la valeur du secours. Sur des sites avec forts pics de puissance, le peak shaving peut générer 10–40 kCHF/an pour des entreprises moyennes. En intégrant un système EMS performant et des prévisions PV, j'ai observé des temps de retour (simple) entre 4 et 8 ans pour des projets bien dimensionnés et avec un mix d'usages (économie d'énergie + services de secours).
Risques et points d'attention
Voici les risques que je surveille et les mesures correspondantes :
Mise en œuvre opérationnelle et maintenance
Le déploiement doit se faire par phases :
La maintenance inclut : contrôles thermiques réguliers, équilibrage cellulaire si possible, suivi des cycles et mise à jour du firmware du BMS. J'insiste sur la nécessité d'un contrat de service clair, avec SLA pour interventions critiques.
Aspects durables et opportunités
Au‑delà de l'économie, le second‑life permet de réduire l'empreinte carbone associée au stockage. Pour les industriels qui cherchent à obtenir des labels ou à documenter leur trajectoire bas carbone, c'est un levier intéressant. De plus, la modularité des modules second‑life rend possible une montée progressive du stockage, alignée sur la stratégie financière.
Si vous envisagez un projet similaire sur votre site, je peux vous aider à cadrer l'étude de faisabilité : profil de consommation, calculs de dimensionnement, choix de fournisseurs (intégrateurs BESS, fournisseurs de modules second‑life), et scénarios économiques personnalisés. Partagez les éléments de votre site (profil de charge, contraintes, objectifs) et nous pourrons avancer ensemble sur une feuille de route pragmatique.