Sur le terrain, l'un des défis les plus fréquents en maintenance prédictive vibration sur pompes centrifuges n'est pas tant de détecter une anomalie que d'éviter d'alerter trop tôt ou sans valeur : les faux positifs. J'ai vu des équipes perdre confiance dans leur solution après une série d'alertes inutiles qui mobilisent techniciens, arrêtent lignes et génèrent des coûts opérationnels importants. Dans cet article, je partage des approches pratiques, issues de retours d'expérience, pour réduire ces faux positifs et rendre l'alerte réellement utile.

Comprendre l'origine des faux positifs

Avant d'optimiser quoi que ce soit, il faut identifier pourquoi une alerte s'est déclenchée. Les causes récurrentes que j'observe sont :

  • mauvaise implantation des capteurs (bruit structurel, contact lâche),
  • variation de conditions de fonctionnement (débit, charge, vitesse) non prise en compte,
  • problèmes de qualité de données (saturation, perte d'échantillons),
  • seuils statiques trop rigides,
  • modèles mal calibrés qui confondent transitoires normaux et défauts.
  • Comprendre la cause technique permet d'agir sur la racine plutôt que sur le symptôme.

    Soigner la chaîne de mesure : capteurs et installation

    Un bon diagnostic commence par des données fiables. Voici mes recommandations pratiques :

  • choisir des accéléromètres adaptés (sensibilité, gamme de fréquence). Pour des pompes centrifuges, des capteurs couvrant 1 Hz à 10 kHz avec un bon SNR sont souvent nécessaires ; des marques robustes comme PCB Piezotronics ou Brüel & Kjær donnent de bons résultats en industrie, mais on privilégie toujours la spécification au nom.
  • soigner la fixation : une bride mal serrée ou une colle inadaptée génère des oscillations parasites. Je recommande une fixation mécanique robuste (boulon) quand c'est possible.
  • utiliser des points de mesure complémentaires : corps de pompe, palier moteur, et tuyauterie à proximité. La comparaison de signaux aide à isoler la source.
  • protéger l'électronique : filtres anti-aliasing, câbles blindés et dimensionnement pour éviter la saturation.
  • Prendre en compte le contexte opérationnel

    Une pompe n'est pas un objet isolé : son comportement dépend du régime, du débit, de l'ouverture de vannes et de la présence d'air dans le liquide. Trop d'algorithmes regardent la vibration seule. J'insiste sur :

  • la corrélation avec les paramètres process (débit, pression, vitesse moteur). Une élévation de vibration pendant une montée en charge peut être normale ; si on ne le sait pas, on alerte inutilement.
  • l'usage de tags SCADA ou de capteurs supplémentaires (courant moteur, température) pour valider une anomalie mécanique versus une perturbation process.
  • l'intégration de périodes opérationnelles dans l'analyse : démarrage/arrêt et transitoires doivent être filtrés ou traités séparément.
  • Améliorer le prétraitement des signaux

    Le prétraitement réduit beaucoup de faux positifs si bien exécuté :

  • filtrage fréquentiel adaptatif : appliquez des filtres passe-bande autour des bandes d'intérêt (ex : harmoniques de la fréquence de rotation) et des filtres notch pour éliminer sources connues (vibrations de pompage liées à la tuyauterie).
  • rejet des trames corrompues : détectez saturation et dropouts et marquez-les pour exclusion ou rééchantillonnage.
  • utilisation de features résilientes : énergie dans bande, enveloppe DEMOD, crest factor, kurtosis — combinées plutôt que dépendre d'une seule métrique.
  • De la règle statique au modèle intelligent

    Les seuils fixes sont la source classique de faux positifs. J'ai progressivement privilégié des approches probabilistes et adaptatives :

  • seuils dynamiques basés sur la variance historique et la saisonnalité opérationnelle (ex : bandes de contrôle à +/- n sigma sur une fenêtre glissante).
  • détection de changement (change point detection) pour isoler ruptures soutenues plutôt que pics transitoires.
  • modèles supervisés pour classer événements : Random Forest, XGBoost ou réseaux de neurones pour distinguer signaux d'usure de bruits transitoires. L'important n'est pas la complexité mais la qualité des labels.
  • modèles non supervisés pour anomalies rares : isolation forest, autoencodeurs. Utiles quand on manque d'exemples de défauts.
  • Conception de la chaîne d'alarme — privilégier la précision

    Une alerte utile minimise les faux positifs et fournit une information exploitable :

  • multicritère : n'envoyez une alerte que si plusieurs conditions sont réunies (augmentation durable de l'enveloppe + montée du courant moteur + baisse de débit).
  • score d'incertitude : joignez un score de confiance pour permettre une priorisation. Un technicien traitera d'abord les alertes haute confiance.
  • paliers d'alerte : warning (surveillance renforcée), action (déplacement), urgence (arrêt). Cela évite d'interrompre la production pour des alertes de faible criticité.
  • Mesurer la performance : indicateurs à suivre

    Pour réduire durablement les faux positifs, mettez en place des KPIs et un retour terrain :

  • taux de faux positifs (FP/(FP+TN)) et taux de faux négatifs,
  • précision et rappel (precision, recall) ; privilégiez la précision si vous voulez réduire les fausses alarmes, mais gardez un oeil sur le recall pour ne pas louper de défauts,
  • temps moyen avant réparation à la suite d'une alerte (MTTR lié à l'alerte),
  • feedback loop : enregistrez la validation terrain de chaque alerte pour réentraîner les modèles.
  • Organisation humaine et flux d'information

    L'aspect technique ne suffit pas : l'acceptation par les équipes est cruciale. Voici ce qui a marché chez mes clients :

  • mettre en place une équipe pilote avec maintenance et process pour valider les règles avant déploiement large,
  • afficher les alertes sur un dashboard clair (p.ex. ThingWorx, Azure IoT Central, Grafana) avec contexte (valeurs de process, spectres) pour faciliter la décision,
  • prévoir un workflow d'escalade et de retour (outils CMMS intégrés : IBM Maximo, Infor, ou solutions plus légères),
  • formation des techniciens à l'interprétation des signaux et à la validation des alertes.
  • Exemple concret : réduction des faux positifs en 4 étapes

    Sur un site chimique, nous avions un parc de 30 pompes. Les équipes recevaient en moyenne 8 alertes par semaine, dont 70 % considérées comme non pertinentes. J'ai mené ce plan :

  • audit capteurs : remplacement de 6 capteurs mal fixés, ajout d'un capteur sur la tuyauterie critique,
  • intégration des variables process (débit, pression, vitesse) dans la logique d'alerte,
  • implémentation d'un modèle de détection de changement avec seuils dynamiques et règle multicritère (vibration + courant),
  • mise en place d'un workflow de validation et d'un dashboard avec score de confiance.
  • Résultat : les alertes hebdomadaires sont passées de 8 à 2 en moyenne, et le taux de faux positifs a chuté de 70 % à 25 % sur 6 mois, tout en conservant les détections de défaut réels.

    Comparatif rapide des approches

    ApprocheAvantagesLimites
    Seuils statiquesSimple à mettre en placeBeaucoup de faux positifs; ne s'adapte pas aux changements
    Seuils dynamiques / varianceAdaptatif; réduit alertes pendant transitoiresnécessite historique et calibration
    Modèles supervisésBonne précision si labels de qualitébesoin d'exemples, risque de sur-apprentissage
    Modèles non supervisésutile quand peu d'étiquettespeut classer en erreur des comportements nouveaux mais normaux
    Combinaison multi-sourcesForte robustesse (vibration+process)complexité d'intégration et synchronisation

    Réduire les faux positifs n'est pas une opération ponctuelle mais un processus itératif : améliorer la qualité de capture, enrichir le contexte, choisir des algorithmes adaptés et boucler avec le retour terrain. Si vous voulez, je peux partager un checklist PDF avec les étapes d'audit capteur, les features à calculer et un exemple de pipeline d'alerte (prétraitement → features → détection → workflow). Dites-moi quel format vous préférez.