UN CAS TYPIQUE D'HYPERSENSIBILITE ELECTRIQUE
Sommaire
Dans un taxi spécial
et un local tapissé de fer
Il a appris à
vivre avec son problème !
Visites rapides
Les victimes
passées sous silence
Réfrigérateur
et lave-linge
Il ne pouvait plus supporter
la voiture
Il dormait dans une caravane
Peau douloureuse
L'assainissement
électrique apporte une aide
Dans un taxi
spécial et un local tapissé de fer
Per Segerbäck, 37 ans, est un des techniciens qui
ont
contribué à créer la
réputation mondiale
d'Ericsson.
Il travaille avec des circuits intégrés
fabriqués
à la demande pour les
télécommunications. Il aime
son
métier mais a payé le prix fort pour cela. Depuis
1989,
il est gravement hypersensible aux champs électriques.
Le poste de travail de Segerbäck se trouve au sein de la compagnie des Télécommunications Suédoises et d'Ericsson, Ellemtel dans la périphérie de Stockholm. Là, il ne peut vivre que dans une seule pièce. Celle-ci est tapissée de fer.
Dans sa maison de Vällingby, son employeur a également tapissé une pièce en tôle de fer, afin qu'elle soit aussi protégée que possible de tout champ électrique.
Entre ces deux pièces tapissées de fer, l'une dans laquelle il travaille, l'autre dans laquelle il vit, Per voyage dans un taxi spécial, un ancien modèle, plus long, qui lui permet de se positionner aussi loin que possible de l'électricité produite par le moteur de la voiture. Le conducteur éteint même le taximètre électrique.
Environ 50 jeunes autres techniciens de haut niveau travaillant à Ellemtel ont souffert au cours de ces 18 dernières années de symptômes plus ou moins sérieux d'allergie électromagnétique en travaillant sur des moniteurs de computers. Plusieurs ont dû se mettre en congé de maladie.
Ellemtel a dû, de ce fait se pencher sur le problème et a reçu 8,9 millions de couronnes suédoises (1,25 millions de dollars) du Fond d'Etat de la Vie au Travail, en vue de rechercher diverses méthodes pour aider les personnes électriquement hypersensibles.
Il a appris
à vivre avec son problème !
Maintenant, tout le monde est revenu à son
travail. Ellemtel
a même annoncé récemment lors d'une
conférence
de presse, que l'hypersensibilité électrique
n'est plus
un problème dans la compagnie. Mais, aussitôt
après
la conférence de presse, TCO Newspaper a
rencontré Per
Segerbäck sur son lieu de travail et a trouvé que
même s'il a rejoint son poste de travail, son
hypersensibilité électrique est toujours un
problème considérable
dans sa vie. Un problème avec lequel il est forcé
de
vivre.
Sous le feuillet de fer tapissant son local, se trouve une couche d'aluminium soudé, sans jointures, mais il ressent encore toujours des manifestations électriques en un endroit de la pièce. "Depuis que j'ai emménagé ici, j'ai toujours des problèmes avec cette partie de la pièce.
Il y a un mois, ils ont apporté quelques modifications et on a pu mettre en évidence quelques erreurs quant à la mise à la terre, ce qui a provoqué l'apparition de champs magnétiques. Cependant, je ne le savais pas à cette époque et je ne me sentais pas bien dans cette partie de la pièce."
Visites rapides
Etant donné que Per Segerbäck est
à la
tête d'un groupe de concepteurs de circuits, il ne peut pas
rester
constamment dans sa pièce électriquement
blindée.
Il doit rendre de fréquentes visites dans une autre
pièce qui est également
protégée
électriquement, mais pas aussi fortement que la sienne. Dans
cette pièce
qui est blindée au moyen d'une plaque de cuivre, se trouvent
quelques uns de ses collègues hypersensibles
aux champs électriques. Il est impossible pour Per d'aller
dans
aucune autre partie du bâtiment, car le
fait de ne rester que deux ou trois minutes dans les corridors lui
provoque des démangeaisons de la peau,
suivies de sensations de brûlures comme s'il s'agissait de
coups
de soleil. Il ressent également pendant
ce temps une grande fatigue et il dit " Je ne demande que me coucher et
dormir".
La pièce blindée de Segerbäck possède sa propre entrée afin qu'il ne soit pas obligé de passer par les corridors du bâtiment.
Les victimes
passées sous silence
Il y a un fort relent de secret autour du projet
d'hypersensibilité électrique à
Ellemtel et il est bien
connu que la compagnie a plus ou moins passé les victimes
sous silence. Ceci ne semble pas affecter Per
Segerbäck qui parle ouvertement de son problème,
malgré la présence de son directeur administratif
Torbjörn Jonsson, lors de l'interview. Ce dernier dirige le
projet de rapport concernant l'hypersensibilité
électrique, devant probablement être
publié le 30 juin 1993.
Comme il a été dit, Jonsson et Segerbäck ne se sont jamais rencontrés pour discuter des actuelles conditions de vie de Segerbäck et Jonsson est maintenant informé du fait qu'aussitôt que Per est exposé au moindre champ électrique, il réagit par des douleurs et sa peau devient parfois tellement sensible qu'il ne peut plus supporter le moindre contact.
Quelques jours plus tard, nous nous sommes rencontrés au domicile de Per Segerbäck à Vällingby, où il vit avec son épouse et trois enfants. La maison ressemble à la plupart des maisons excepté pour une fenêtre à la partie supérieure de laquelle on peut apercevoir quelque chose qui ressemble à des barreaux. Les barreaux sont des feuilles d'aluminium aveuglant la fenêtre de la pièce blindée où Per vit. La pièce est tapissée de 550 kg de feuilles de fer contenant du silicium, en deux couches "accrochées par des milliers de vis, afin qu'il n'y ait aucun danger – au début, mon épouse craignait que tout ne se détache…"
Réfrigérateur
et lave-linge
Per ne peut passer que des temps très courts dans l'autre
partie de son habitation, qui contient le
réfrigérateur et le lave-linge.
Segerbäck explique : "La famille doit vivre une vie
raisonnablement
normale. La situation est suffisamment triste comme ça."
Per Segerbäck doit partir au travail tôt le matin et il est plutôt fatigué après avoir été exposé à de nombreux champs électriques et magnétiques, mais nous parlons des trois heures au cours desquelles est apparue cette étrange maladie qui a changé sa vie et celle de sa famille et qui n'a toujours pas trouvé de traitement adéquat aujourd'hui.
Il a expliqué comment l'électronique est devenue son grand centre d'intérêt, ses études d'ingénieur à l'Université d'Uppsala et la décision de son département de l'envoyer à Silicon Valley (USA) afin d'approfondir la construction des microprocesseurs.
Aux USA, il a travaillé avec des fabricants de semiconducteurs. Il a également été le premier en Suède à utiliser des moniteurs vidéo d'ordinateurs en couleurs à haute résolution, provenant de Grande Bretagne.
Lorsque ceux-ci ont été installés, il a commencé à éprouver des sensations de piqûres et de brûlures au visage. "J'ai ressenti mes premiers symptômes à la fin de 1988 et au début de 1989. Ils apparaissaient à la fin de la semaine après un travail de plusieurs heures sur le moniteur d'ordinateur.
Lorsque vous aimez votre travail, vous y passez plus d'heures que vous devriez réellement. Je n'avais pas le moindre soupçon que cela puisse être nuisible."
Il ne pouvait plus
supporter la voiture
Les symptômes s'aggravèrent et
bientôt
Segerbäck découvrit qu'en plus des moniteurs
vidéo,
il était
également sensible aux tubes fluorescents et aux autres
espèces d'appareils électriques.
Lorsqu'en été 1989, il fit un voyage avec sa famille, il découvrit qu'il était également sensible aux champs électromagnétiques de la voiture.
Lorsqu'il revint au travail après ses congés, ses collaborateurs et lui-même ont blindé leurs moniteurs d'ordinateurs avec des feuilles d'aluminium. Beaucoup de ses collègues avaient à ce moment les mêmes problèmes.
Lorsque Segerbäck, leur directeur, leur parla des problèmes auxquels il avait été confronté, les autres s'empressèrent de lui raconter leurs propres problèmes. Segerbäck raconte: "C'était nous, les enthousiastes qui travaillions les week-ends, qui devenions malades." "Etiez-vous stressés?" "Assurément, nous avions hâte, nous étions occupés avec deux circuits plutôt compliqués et il était important que le travail soit terminé rapidement. Mais nous sommes habitués à cela et moi-même, je trouve cela stimulant. Nous avons subi des tests sanguins, mais nous n'avions pas de niveaux d'hormones de stress plus élevés que la moyenne. Nous ne sommes pas plus stressés que quiconque dans cette société."
En janvier 1990, Per Segerbäck réagissait fortement aux environnements électriques; il avait des brûlures et des taches rouges partout sur le corps. Il s'absenta pour maladie mais ne trouvait aucun endroit pour récupérer, étant donné qu'il devenait malade dans sa propre maison. Finalement, il marcha dans la campagne environnante et dormit dans sa voiture (après avoir débranché la batterie!). Il se souvient qu'il y faisait assurément très froid mais il préfère ne pas parler de cette période. "Je l'ai refoulée" dit-il.
Il dormait dans une
caravane
Le médecin de la société, Anders
Bayard comprenait la situation et avait de la compassion pour
Segerbäck ainsi que pour les autres victimes des champs
électriques, mais ni lui, ni quiconque ne put
leur expliquer comment résoudre leurs problèmes.
La direction d'Ellemtel était maintenant confrontée à des problèmes qu'elle n'avait jamais rencontrés auparavant. La première mesure prise, fut de parquer une caravane recouverte d'aluminium à l'extérieur de la maison de Per Segerbäck. Ainsi il pourrait disposer d'un endroit où dormir à l'abri de l'électricité.
Yngre Hamnerius, de l'Université Technique Chalmers à Gothenburg a alors été appelé pour mesurer les champs électriques et magnétiques ainsi que les courants vagabonds. Toute la maison de Segerbäck a été assainie électriquement. Après cela, une reconstruction de son local de travail à Ellmentel a été mise en œuvre. Elle fut terminée en 1991 et Segerbäck s'y installa. Il avait essayé auparavant de travailler dans une cabane de chantier transportable, mais sans succès, selon lui à cause de la présence de nombreux câbles électriques dans le sous-sol.
Aujourd'hui, il utilise un écran d'ordinateur à cristaux liquides, placé au dessus du niveau de sa tête, blindé par un caisson métallique relié à la terre et protégé à l'avant par un écran Sunflex relié à la terre. Une ampoule à incandescence fournit l'éclairage ambiant. Le moniteur vidéo est spécialement construit par Ellemtel.
Mais Segerbäck ressent toujours quelque chose qu'il pense être des signaux à haute fréquence du câble électrique reliant le computer qui se trouve à environ 9,90 mètres de la pièce et du moniteur vidéo. Il ne fait aucune différence entre le fait que le moniteur vidéo soit en fonction ou non. Le moniteur vidéo lui-même n'émet aucun champ. Segerbäck déclare: "Lorsque mon computer est récemment tombé en panne, j'ai dû en utiliser un autre qui était momentanément placé plus près que l'habituel et je l'ai immédiatement ressenti. Il me semblait que je recevais une quantité de radiations directes du computer lui-même."
Peau douloureuse
La fatigue de Per Segerbäck est visible. Il s'est
débarrassé de sa sensibilité
à la
lumière qui l'a
accablé il y a deux ans. Elle a disparu, mais sa
sensibilité à l'électricité
est
restée. Il nous dit:
"Ma peau est toujours douloureuse quand je suis exposé
à
l'électricité. Cela ne se manifeste d'aucune
autre manière, excepté que je me couvre de taches
rouges.
C'est terrible et c'est plus douloureux qu'il
y paraît".
Malgré ses difficultés, Segerbäck a conservé son enthousiasme. Il projette d'étudier par correspondance. Comment sa famille vit-elle sa sensibilité électrique? Il répond : "Mon fils aîné qui a 12 ans est souvent triste, mais Anna, 2 ans, n'a jamais vécu en dehors de ma maladie et la vit donc naturellement. Lorsque nous sommes tous ensemble, elle court devant moi et éteint l'électricité partout".
Les Segersbäck envisageaient de demander un subside de la commune, pour transformer le reste de la maison, mais on leur a dit qu'il est difficile d'obtenir de tels subsides. Les communes se réfèrent à des précédents fédéraux et refusent l'octroi. Ceux qui font appel perdent habituellement.
Le Bureau Suédois de l'Habitat a demandé des lignes directrices et il lui a été répondu que "l'allergie électromagnétique n'existe pas aujourd'hui comme maladie définie et délimitée selon le point de vue de la médecine classique." Cet argument est également utilisé par d'autres agences pour refuser des allocations réclamées par des travailleurs.
L'assainissement
électrique apporte une aide
Les dermatologues Mats Berg et Sture Linden et le chercheur
spécialiste du stress Bengt Arnetz qui ont
participé au projet Ellemtel, ont a plusieurs reprises
recommandé de ne pas poursuivre l'assainissement
électrique, (car ils ne croient pas que
l'électricité ait quoi que ce soit à
voir avec ce
problème ).
"Mais, nous, techniciens à Ellemtel savons que l'assainissement électrique est la seule chose qui a un effet", dit Per Segerbäck.