SIGNAUX
PRECOCES ET LECONS TARDIVES : LE PRINCIPE DE PRECAUTION 1896-2000
Analyse
de l'Agence Européenne pour l'Environnement
(EAA). 09 janvier 2002.

Ce livre
analyse les catastrophes du passé qui ont
coûté la vie à des millions d'hommes et
d'animaux.
Les causes étaient des produits, des technologies ou des
méthodes de production dangereux pour la santé.
Il a été écrit pour tirer des
leçons pour
"les manières de régler des controverses comme le
changement climatique, les téléphones
portables ou les OGM" (page 25).
Ces catastrophes sont arrivées parce que "les signaux précoces
- et même les signaux puissants et tardifs - ont
été ignorés (intentionnellement) par
les
décideurs politiques pour des raisons économiques
et
politiques à court terme". Le principe de
précaution est complètement subrodonné
au profit.
Les phases de déroulement de ces catastrophes :
- Phase 1 :
Acceptation du produit et euphorie
Un nouveau produit arrive sur le marché
sans avoir
été soumis à des tests, il est
commercialisé avec exubérance.
- Phase 2 :
Signaux précoces : premières
découvertes de la nocivité du produit
Des chercheurs indépendants et une partie
concernée de la population constatent des
dégâts
sanitaires et demandent aux autorités d'intervenir
- Phase 3 :
L'industrie lance une offensive de publicité et de
minimisation du danger
L'industrie productrice et ses fédérations le
contestent
en bloc. Les groupes de pression et les départements de
relations publiques s'activent. Les agences de publicité
administrent une image positive au produit (pages 105/106)
- Phase 4 :
Expertises d'innocuité
Des scientifiques corrompus interviennent avec des contre-expertises
(pages 68/69, 258/259)
- Phase 5 :
Choc de la réalité : signaux puissants, alertes
sans équivoque
Les rapports de malades et de décès se
multiplient, un mouvement de protestation naît
- Phase 6 :
Tromperie gouvernementale et répression
Le gouvernement met en doute les relations entre le produit et les
victimes, se réfère aux expertises
sécurisantes.
Les fonctionnaires et les scientifiques critiques ont une interdiction
de publier et de s'exprimer en public (page 261), subissent des
pressions (page 35) ou sont discrédités (page
292). Des
psychologues et des sociologues réalisent des concepts pour
intégrer le mouvement de protestation
- Phase 7 :
Priorité aux intérêts
économiques
Le gouvernement convient de manière confidentielle de donner
la
priorité aux intérêts industriels sur
les
intérêts sanitaires, s'accorde sur le silence
(page 261)
et ignore « intentionnellement » (page 276).
L'industrie se
contient, se réfère au gouvernement et affirme
son
respect des lois
- Phase 8 :
Provoquer la confusion
Le gouvernement maintient que les connaissances inquiétantes
n'existent pas, que les valeurs limites et de seuil (pages 68/69)
garantissent la sécurité. On fixe un vocabulaire
de
dissimulation et met en scène des discussions d'experts avec
le
lobby : « Souvent, l’évaluation
à des fins
réglementaires ne donne pas les résultats que
l’on
serait en droit d’attendre parce que
l’évaluation
des risques dépend d’informations qui sont
précisément fournies et détenues par
les acteurs
dont les produits sont évalués. »
(pages 68/69,
292/293). En attendant, l'industrie elle-même
détient les
connaissances sur les risques de leur produit, les garde sous
clé (page 68) et essaye d'empêcher la recherche
indépendante (page 269). Dans une phase de discussions
troublantes, l'industrie et le gouvernement « embrouillent le
débat » (pages 65, 106, 116, 209)
- Phase 9 :
Signaux tardifs : paralysie par l’analyse
Le mouvement citoyen et la critique publique accroissent. Le
gouvernement déclare prendre au sérieux les
inquiétudes. Les risques ne peuvent plus être
niés
publiquement : « Néanmoins, l’apparition
de preuves
sur les risques encourus peut s’accompagner de manoeuvres
d’interprétation énergiques mais
souvent
discrètes visant à justifier
l’inaction. »
(page 293). On essaye de gagner du temps. L'état des
données ne serait pas assuré et était
insuffisant
pour agir (page 208). Le gouvernement et l'industrie initient des
études avec de grands efforts de presse, ils produisent une
« paralysie par l’analyse » (pages 115,
133, 295).
Des études de courte durée sont
présentées
qui ont pour résultat « de montrer que les
craintes sur
les risques (connus) étaient sans fondement. »
(pages 143,
302)
- Phase 10 :
Les catastrophes – l'interdiction du produit
Les effets de longue durée éclatent au grand
jour. Des
catastrophes font de nombreux morts. La politique se montre plus
conciliante. Après 25 ans au plus tôt (pages
213/214)
– provoqués par la pression scientifique et
publique (page
116), les conséquences catastrophiques évidentes,
les
coûts élevés de l'état, les
dommages de
l'assurance, la rivalité politique et l'existence de
produits
alternatifs – le produit est interdit
Ce plan de 10 phases de
la «
politique du profit avant la santé » peut
être
appliqué sur la téléphonie mobile. Ce
plan n'est
pas rigide. Éviter des catastrophes dépend des
mouvements
citoyens. Il est utile de voir clair dans les phases 1 à 9.
Et
ce livre est un manuel pour ça. C'est un plaidoyer pour
faire
respecter le principe de précaution qui n'est pas pris en
compte
malgré les connaissances dont nous disposons.
Références
- http://www.next-up.org/pdf/EeaSignauxPrecocesLeconsTardivesPrincipeDePrecautionPhasesDeroulementCatastrophe.pdf
- http://www.eea.europa.eu/publications/environmental_issue_report_2001_22/