LES
COMPAGNIES D'ASSURANCES ET LES POLLUTIONS ELECTROMAGNETIQUES, mars 2004
Manifestement, il y a un certain nombre
d'événements qui échappent
à la prise de conscience
des citoyens et de la plupart des politiques, même lorsqu'ils
sont des
professionnels des questions de Droit.
Sous la pression des compagnies de réassurance, les
assurances professionnelles et industrielles
en responsabilité civile ont assorti leurs polices de
clauses d'exclusions qui
devraient faire réfléchir le citoyen moyen et les
politiques qui nous
gouvernent.
Voici quelles sont ces clauses :
- les dommages causés par tout fait ou succession
de faits de même origine, dès lors que ce fait ou
ces faits ou certains des dommages causés proviennent ou
résultent de toute source de radiations
ionisantes, des propriétés radioactives,
toxiques, explosives ou autres propriétés
dangereuses des combustibles nucléaires, produits ou
déchets radioactifs
- les dommages immatériels non
consécutifs
- tous les dommages, pertes ou dépenses de quelque
nature que ce soit, causés directement ou indirectement par,
résultant de ou lié de quelque
manière que ce soit aux organismes
génétiquement modifiés (OGM)
- tous les dommages, pertes ou dépenses de quelque
nature que ce soit, causés directement ou indirectement par,
résultant de ou lié de quelque
manière que ce soit à
l'encéphalopathie spongiforme transmissible (TSE) en ce
compris dans sa manifestation chez l'homme
Ceci signifie-t-il que désormais les compagnies
d'assurances ne couvrent plus en responsabilité civile,
certains risques que pourraient faire courir à
l'environnement, à des collectivités et
à
chaque citoyen,
en particulier :
- les industriels du nucléaire (principalement les
services médicaux à statut privé, de
médecine nucléaire et les industriels de
l'alimentaire qui stérilisent les aliments par irradiation
gamma), les transporteurs de sources ou de déchets
radioactifs, dans la mesure où les produits
manipulés causeraient des dommages à des tiers ?
- les industriels dont
l'électricité constitue l'activité
(producteurs ou transporteurs d'électricité,
usines et ateliers utilisant ou fabricant des moteurs
électriques, des transformateurs, des machines outils,
électriciens, opérateurs de
téléphonie mobile et fabricants de
matériel de téléphonie mobile, et
peut-être même dans certains cas les utilisateurs
de ces technologies), dans la
mesure où les champs
électromagnétiques causeraient des dommages
physiques et matériels à des tiers ?
Pensons par exemple à l'architecte qui assure le suivi de la
construction d'un bâtiment collectif ou industriel ou d'un
logement particulier et qui pourrait être rendu responsable
de maladies chez les occupants à cause de champs
électriques ou magnétiques engendrés
par une installation électrique mal conçue.
Pensons également aux problèmes de
compatibilité électromagnétique
(parasitage et perturbations de systèmes d'alarme, de
programmations de machines-outils ou de surveillance
électronique) qui sont loin de trouver une solution absolue
: les conséquences peuvent être lourdes en
matière d'accidentologie !
- les producteurs de semences
génétiquement modifiées (OGM), les
agriculteurs qui les utilisent et par exemple, contaminent le champ
voisin d'un agrobiologiste, dévaluant ou ruinant ainsi la
valeur de sa production, les entreprises commerciales distribuant des
OGM, les industriels de l'agro-alimentaire qui incorporent des OGM
à leurs fabrications, les éleveurs qui
nourrissent leurs élevages avec des aliments contenant des
OGM, tout ceci bien entendu dans le cadre strict des produits
génétiquement modifiés ayant
causé des dommages à des tiers ?
- les éleveurs de bétail qui alimentent
leurs élevages avec des produits susceptibles
d'être contaminés à leur insu par les
prions de l'encéphalopathie spongiforme bovine et rendus
responsables de la transmission de la maladie à l'homme, les
restaurateurs qui commercialiseraient des viandes
contaminées par l'ESB à leur insu, les
commerçants qui provoqueraient l'apparition
d'encéphalopathie spongiforme bovine transmissible chez un
ou plusieurs de leurs clients ?
En réalité, un
directeur d'une des plus grandes compagnies d'assurances mondiales a
déclaré lors d'un
congrès
d'experts de cour d'appel auquel je participais en France à
titre de conférencier, il y a trois ans, que
partout dans le monde, les compagnies d'assurances et de
réassurance n'assureront plus désormais que les
risques imprévisibles.
Il fallait clairement comprendre par-là que les risques
collectifs prévisibles doivent être soumis
à
l'application légale du Principe
de Précaution adapté à
chaque risque. Ce sont
donc les
politiques qui ont mission de légiférer de
manière efficace en termes de ce principe de
précaution.
Le problème de l'amiante connu depuis bien des
années (1909 aux USA) n'a pas été pris
au sérieux à temps,
sous la pression des industriels et les compagnies d'assurances ont
senti passer la note (ce n'est pas
fini !).
Bien sûr, nous savons que dans le cas de services
publics, l'Etat (c'est-à-dire le contribuable)
est son propre
assureur ; mais aujourd'hui la Commission Européenne a
décidé de privatiser les
services publics. Nous devons exiger de nos politiques qu'ils nous
informent de
la manière dont les risques mentionnés ci-dessus
sont couverts. Avons-nous la
garantie absolue que certaines sociétés
manipulant des sources radioactives,
que certaines sociétés productrices
d'électricité, que certains opérateurs
de
téléphonie mobile et que certains producteurs
d'organismes génétiquement
modifiés ne "roulent"
pas sans assurance de couverture en responsabilité
civile ?
Force est de constater que la protection du public reste
très timide de la part des
politiques (pesticides, additifs alimentaires, pollutions des eaux...).
Dans
leurs discours apparaissent surtout des préoccupations
économiques à
court
terme et l'opinion des industriels en matière
de productivité prédomine à
travers les débats politiques. Ceux qui se sont
fait élire pour nous gouverner
ne perçoivent les choses qu'à
échéance très courte et ils
préfèrent laisser aux
générations qui suivront le montant de l'addition
en matière d'environnement et
de santé publique. Cette
addition sera certainement un gouffre sans fond.
Les
compagnies d'assurances ne sont pas dupes et elles refusent de devoir
assumer à
court ou à long terme des risques que personne ne daigne
prendre au sérieux.
Leurs bureaux d'études privés (qu'elles ont les
moyens de financer) ont bien
étudié ces questions sur le plan scientifique et
en ont évalué le coût à
l'aune
de l'inconscience de la plupart des politiques !
Référence :
[1] Jean-Marie DANZE, licencié ès sciences
chimiques à l'Université de Liège,
ex-assistant à l'Institut de Pharmacie Universitaire de
Liège,
Consultant en Biophysique